1) Denis Bouchain, comment pourriez-vous définir votre profession ?
Pour moi, être éditeur en littérature française, c’est guetter constamment des projets qui seraient susceptibles de faire de bons livres pour un public donné. Des projets que l’on trouve soit en lisant des manuscrits qu’on reçoit, soit en proposant à une personne donnée de se lancer sur un sujet sur lequel elle pourrait produire quelque chose d’intéressant (ça a été le cas avec Ingrid Desjours).
Ensuite, quand un projet est retenu, c’est travailler avec l’auteur pour lui faire donner le meilleur de lui-même. J’accorde beaucoup d’importance à cette étape. Comme je suis encore un « jeune éditeur », je m’occupe d’auteurs qui sont encore au début de leur oeuvre. Ils ont souvent écrit un, deux, trois livres, mais rarement plus. Ou alors c’est leur premier. Ils n’ont donc pas encore tout leur savoir-faire, et je pense qu’ils ont vraiment besoin d’un regard critique, sincère et bienveillant pour les aider à parfaire leur roman. Le texte d’un tout jeune romancier doit souvent être repris 2 ou 3 fois. Je fais lire chaque version à des lecteurs de confiance, jusqu’à ce que l’ensemble semble abouti.
Au-delà de mon désir de proposer un bon texte, c’est aussi une façon de me mettre la pression. Une fois que le texte est terminé, je me dis que l’auteur a donné le meilleur de lui-même, qu’il m’a fait confiance et que je dois l’aider au maximum et ne pas trahir son travail. Alors j’en parle aux journalistes, aux libraires que je connais. Je prépare le terrain avant que les services de presse et commerciaux commencent leur travail. J’accorde aussi une très grande importance à ce que mes auteurs aient une deuxième vie en poche. Là aussi, il s’agit d’un travail de conviction auprès des éditeurs de poche. Contrairement à une idée reçue, les éditeurs de poche ne se content pas de reprendre les succès. Ils font souvent un travail très en amont et achètent des droits bien avant que le grand format ne soit sorti. J’essaie aussi de suivre mes lecteurs lors de leurs dédicaces, sur des salons, pour leur montrer que je suis là.
D’une manière générale, j’essaie vraiment de publier ce que j’aime, même si parfois il faut s’affranchir de ses goûts personnels pour aller vers des textes qu’on pense convenir à un public précis. Bien sûr, il n’y a pas de recette miracle dans l’édition. On ne sait jamais si un livre va marcher ou pas. Je crois de plus en plus au travail de terrain et aussi que le travail d’un auteur finit par payer sur le long terme. Il faut qu’un auteur soit rigoureux, travailleur, constant. Qu’il reste lui-même. Qu’il soit sincère.
2) Pouvez-vous nous présenter votre maison d’éditions ?
Plon est une très ancienne maison : elle a été fondée en 1852. Elle regroupe une trentaine de salariés. Elle appartient au groupe Editis, le deuxième groupe d’édition français, qui lui-même appartient au groupe espagnol Planeta. C’est une maison qui est avant tout spécialisée dans le document, notamment politique (elle a édité De Gaulle et Churchill…). Mais qui a également un forte identité littéraire : il y a les fameux dictionnaires amoureux écrits par des personnalités et des auteurs importants : Jean-Claude Carrière, Philippe Sollers… Il y a la célèbre collection Terre Humaine qui a publié Claude Lévi-Strauss. Et un très bon rayon de littérature étrangère, avec Norman Mailer ou Salman Rushdie…
En littérature française, on est davantage dans la construction, même s’il y a déjà eu quelques succès comme le Goncourt des lycéens avec Léonora Miano en 2006 ou l’Interralié avec Christophe Ono-dit-bio en 2007… Il faut persévérer…
3) Quelle est la ligne éditorial des éditions Plon ? Quels types de romans policiers proposez-vous ?
En littérature, je dirais que la ligne éditoriale est triple. On a des auteurs de romans de septembre. Des textes assez denses, engagés, plutôt « sérieux ». Comme Léonora Miano qui parle de l’identité africaine et « afropéenne » avec un écriture formidable. Ensuite, il y a des textes plus tournées vers l’évasion, le divertissement : en avril 2010, je vais publier un super texte d’une jeune auteur qui raconte le parcours de quatre personnes qui vont pouvoir vivre ce qu’ils ont toujours rêvé de vivre. C’est très onirique et sensible, très beau.
Enfin, il y a la littérature de genre, et notamment le policier et le thriller que j’essaie de développer. J’ai six titres en préparation C’est dur pour moi de dire ce qui unit ces romans. Peut-être la relative jeunesse des auteurs et, je crois, des écritures très typées. J’en ai un peu assez des « écritures thriller » qui finissent pas se ressembler toutes.
4) Pouvez-vous nous présenter votre journée type ?
Je commence vers 9h30 et souvent le parcours les manuscrits qu’on a pu m’envoyer. S’ils me semblent intéressants, je les passe à des lecteurs qui me font des fiches avec leur avis.
Ensuite, crayon en main, je lis des textes à paraître. J’annote au besoin. Je propose des corrections, je note les passages qui me semblent faibles, mal construits, pas clairs…
L’après midi, comme je déjeune souvent avec des auteurs ou des journalistes qui sont assez bons vivants, je fais souvent des tâches qui demandent moins de concentration : je rédige des quatrième de couverture, des argumentaires commerciaux, passe des coups de fil aux auteurs pour les harceler quand ils sont en retard, les soutenir quand ils ont des doutes. Je reçois aussi des gens qui ont des projets à me proposer. C’est aussi souvent en fin de journée que je vois les auteurs pour travailler sur leurs textes. Leur montrer ce qui, selon moi, ne va pas, leur expliquer pourquoi… Leur suggérer des choses…
5) Quel est votre parcours professionnel ?
J’ai fait une maîtrise d’histoire et comme je ne voulais pas être prof, je me suis orienté vers un DESS d’édition. Après plusieurs stages et une année de piges à droite à gauche (lecture, écriture, correction…), j’ai trouvé un poste chez Plon. C’est rare d’être embauché juste après ses études. C’est souvent par relation…. Il faut montrer qu’on aime ça et garder le contacte avec les acteurs du métier. La mobilité est faible et les postes rarement vacants longtemps. Il faut garder sans cesse un pied dans le métier pour être le premeir sur les rangs.
6) Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait exercer votre profession ?
Comme je l’ai dit ci-dessus, en passer par des stages, souvent travailler quelques années en free lance, et surtout garder le contact avec le milieu de l’édition. Ensuite, il faut vraiment aimer lire, être curieux, ouvert. Aller vers l’autre, aussi. Et puis, fouiner beaucoup, essayer de multiplier les contacts sans pour autant se perdre dans le n’importe quoi. Parfois, il suffit d’une rencontre impromptue pour trouver un super projet.
7) Quels sont vos livres cultes?
J’aime beaucoup Poe et Cervantès. J’aime aussi « Cent ans de solitude » de Garcia Marquez, et un livre moins connu « Melmoth ou l’homme errant » de Maturin. Je crois que j’aime les vrais romans, les vraies histoires avec un imaginaire fort qui, malheureusement, à part dans la littérature de genre, nous font aujourd’hui souvent défaut en France. (D’ailleurs, je compte bien y remédier !) J’aime m’évader, voyager… J’ai aussi un gros faible pour les « Contes du chat perché » de Marcel Aymé. C’est un texte génial. Enfin, j’aime beaucoup les auteurs ancrés dans un terroir avec leurs légendes, leurs croyances : je pense notamment à Jean Giono et Henri Pourrat.
Site des éditions PLON : http://www.plon.fr/
Merci Denis BOUCHAIN de nous avoir consacré du temps et permis d’en savoir plus sur votre profession.
C’est très rare mais nous venons de supprimer le message laissé à la suite de cette interview.
Je tiens à dire que j’ai été choquée par la violence des propos envers Denis BOUCHAIN (sur zonelivre et sur plusieurs pages de facebook)
Zonelivre est un lieu d’échanges bâti par des amoureux du livre et de son univers.
Nous avons l’envie au quotidien de présenter des livres, des auteurs mais également tous les acteurs qui permettent qu’un roman aille de la plume de son auteur aux mains du lecteur. Nous voulions inviter les lecteurs dans les « coulisses » du livre…
Nous avons donc commencé à développer une rubrique sur les métiers du livre (libraires, éditeurs, attachées de presse, graphistes, traducteurs….)
Il y a des gens passionnés dans tous les types de structure (maisons d’édition, librairies…), nous allons notamment remettre en ligne dans les jours qui viennent le métier d’éditeur décrit par Arno MANEUVRIER qui dirige seul sa maison, qui est auteur….
Denis BOUCHAIN est quelqu’un de très modeste et d’adorable que j’ai eu le plaisir de croiser lors d’un salon. A aucun moment il n’a chercher à se mettre en avant, c’est l’équipe de zonelivre qui a eu envie d’en savoir plus sur son quotidien…
Il y a, chez nous, de la place pour tous. Il y a une valeur qui reste très importante à nos yeux, c’est le RESPECT (rien à voir avec un effet de mode comme j’ai pu le lire)
Lorsque je chronique même si je n’ai pas aimé un texte, je respecte toujours les heures de travail qu’il y a derrière.
Je suis sidérée par la violence sur le net envers des personnes que l’on a jamais rencontré. Oseriez-vous tenir un tel discours en regardant la personne incriminée (dans le cas présent Denis Bouchain) droit dans les yeux ?
J’aime la liberté d’expression mais quel besoin avez-vous de salir et blesser quelqu’un que vous ne connaissez même pas…
En tant qu’amoureux des lettres, vous connaissez et vous appréciez les mots, leur force. Alors n’oubliez pas leur poids et les conséquences…
Je suis peut-être une utopiste mais nos sites ont vocation à donner lieu à du plaisir et des moments d’évasion… et ne pas devenir des champs de bataille…
(Comme certains messages assez agressifs ont été mis sur plusieurs pages, je vais donc faire la même chose avec ma réponse)
Sofy- Zonelivre
Je n’ai pas lu le commentaire supprimé mais je me rejoins à ton avis, Sofy : qu’on apprécie ou pas la personne et le travail qu’elle effectue, il y a quand meme un minimum de respect à avoir….
Sofy, laisse-les médire ces gens qui ne connaissent pas Denis. Aigris , jaloux… qui sait ?
Le peu de relations que j’ai pu avoir avec lui confirme tes propos .
Alors garde le cap de Zone livre où tous tes propos nous ravissent… et oublie cet épisode.
Biz’
Merci beaucoup les filles
Bravo Sofy pour ta mise au point. Tu as raison, on peut ne pas être d’accord, c’est d’ailleurs ce qui enrichi le débat. Mais on n’a pas le droit d’exprimer des propos aussi violents et aussi gratuits.
Je ne connais pas zonelivre. J’ai envie de découvrir votre site. La violence des propos auquel vous faites allusion à propos de Denis Bouchain est constante sur la toile. je lisais il y a un instant l’incroyable chagrin d’un père d’enfant handicapé qui croyant bien faire a tenté de créer un groupe sur facebook pour parler de la maladie de son fils. Les propos tenus en réponse sont simplement insoutenables. L’ anonymat, l’impunité révèlent-ils la noirceur des êtres, la réalité incivilisable de l’humain? Si on parle tant d’aimer n’est-ce pas parce que nous n’y sommes pas? C’est une question qui me hante. Amitiés. Anne H. Tallec.
Merci Anne, vos propos m’ont vraiment touché. Il y a tellement de violence, d’angoisse en ce moment. Nous avons créé un site où les gens peuvent décompresser, découvrir des pistes de lecture, découvrir des métiers qu’ils ne connaissent que de nom….
Nous ne flottons pas dans un petit nuage rose, nous sommes conscients des réalités économiques… mais nous avons envie que zonelivre soit un lieu de bien-être et d’échange.
Et nous tentons d’être vigilant vis-à-vis de la violence qui se propage sur le net et qui se banalise pour certains.
J’espère que vous aimerez votre « promenade » sur zonelivre.
Amicales pensées,
Bonjour Monsieur bouchain je vous sais lu attentivement, Vous ne trahissez pas les valeurs essentiels d’un texte, et de votre métier d’éditeur, avec tout les ingrédients qu’il demande, sincérité, courage, en brisant les murs qui nous montre la vérité dans tout ses états. Dernièrement je vous avait téléphoner pour vous demandé une ou l’autre question, et celle qui me semblait la plus intéressante était « Que pour moi il était facile de prendre un imaginaire pour écrire un roman. Je pense qu’un sculpteur a besoin d’une pièce de bois , d’acier , ou toute autres matières, pour pouvoir donner vie a son œuvre, pour un roman c’est idem , Pour moi cette ligne de conduite est très importantes pour que chacun de mes mots soi imprégnées de tout se qui fait la force , et authenticité d’une histoire, bien a vous rasky beldjoudi
si il y a quelqu’un dans l’appareil, je suis là en attente de vos commentaires . A bientôt rass
mes cris se perdes, dans la nuit , alors quelle idée d’allée t
il est gentils denis
22h17 Trois quatre Taf; de hach derrière la cravate, je fait se que j’aime écrire! Exercice d’un funambule qui vit sa vie , au dessus de se monde qui ressemble a un jeu d’échec, pour acquérir un morceau de pain de plus que sont voisin , a t’ il oublié de nourrir sa spiritualité, qui lui ferai découvrir une richesse insoupçonné! Tchao l’ami .Skira
Il est gentils Rasky!
non Denis